Costume sombre, chemise blanche et cravate noire à liserés dorés, le président congolais Joseph Kabila avait rasé sa barbe grisonnante, qu’il affichait jusqu’à la veille et aussi coupé ses cheveux.
Après un discours à la Nation d’une vingtaine de minutes dans lequel il appelé ses compatriotes à engager « une révolution morale » et à réprimer « l’atteinte à la vie et à la dignité humaine », notamment « le viol », M. Kabila a donné le départ du grand défilé. A ses côtés, sa femme Olive Lembe di Sita, habillée d’une robe longue en pagne bleu.
Des détachements de la « police nationale congolaise (PNC) » et des « Forces armées de la RDC (FARDC) » ont paradé en nombre devant les invités de cette commémoration, devant plus d’une quinzaine de chefs d’Etat africains, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, le roi Albert IIet des représentants de nombreux autres pays étrangers, alors que des avions de transport et des hélicoptères de combat Mi-24 ont survolé le boulevard Triomphal, le lieu traditionnel de ce genre de défilés, face au Palais du Peuple, qui abrite les deux chambres du parlement.
Troupes à pied, camions légers Unimog flamants neufs et équipés de pièces anti-aériennes ou tractant des canons de divers calibres, orgues de Staline, blindés chenillés (mais pas les chars T-72 aperçus en matinée dans une rue proche), et même la cavalerie de la Garde républicaine ont paradé sous un soleil de plomb, devant la tribune où avaient pris place les invités, dont les présidents rwandais Paul Kagame et ougandais Yoweri Museveni.
Ces deux anciens ennemis du Congo - ils avaient soutenu des rébellions congolaises lors de la dernière guerre civile (1998-2003) - ont ainsi effectué leur première visite à Kinshasa depuis 1997, alors que les relations entre ces pays voisins se sont considérablement améliorées au cours des dernières années.
LE ROI DE LÈVE, LA REINE PHOTOGRAPHIE
Lors du passage d’un contingent du 321e bataillon commando des « FARDC », une unité formée par des instructeurs belges et précédé d’un drapeau de chaque pays, le roi, vêtu d’un costume civil sombre, s’est levé, et la reine Paola, chemisier blanc et jupe longue bleu marine à gros poids blancs, a pris une photo.
Un petit groupe d’anciens combattants de la Force publique (l’« armée » du Congo belge) lors de la seconde Guerre mondiale, désormais tous au moins septuagénaires, a également défilé d’un pas toutefois plus incertain que leurs cadets.
450 Casques bleus et policiers de l’« ONU » s’étaient joints au dispositif congolais, sous le regard du secrétaire général de l’« ONU » Ban Ki-moon, qui dispose en « RDC » de l’une des plus importantes missions de paix dans le monde, avec quelques 20.000 hommes, mais dont M. Kabila souhaite le départ l’an prochain.
Le
défilé s’est poursuivi par toute une série d’associations congolaises
et s’est clôturé par le passage de 200 engins de génie civil
d’entreprises chinoises engagées dans la « reconstruction » de la « RDC » en échange de contrats miniers.
KABILA INSISTE SUR L’UNITÉ DU PAYS
Un discours du président Joseph Kabila, 39 ans, a donné le top départ des festivités des 50 ansde l’ex-Congo belge qui ont lieu dans le quartier populaire de Kasa-Vubu (centre-nord) à Kinshasa, du nom du premier président de cet immense pays d’Afrique centrale. Il a appelé ses compatriotes à engager « une révolution morale » et à réprimer « l’atteinte à la vie et à la dignité humaine », notamment « le viol ». Il a également reconnu de « regrettables ratés » au cours de ce demi-siècle, tout en assurant que « lentement le Congo se redresse, tel un géant qui s’éveille après un profond sommeil », dans un discours prononcé devant plus d’une quinzaine de chefs d’Etat africains, le secrétaire général de l’« ONU », Ban Ki-moon, le roi Albert II et des représentants de nombreux autres pays étrangers. M. Kabila encore a invité les Congolais « engager de manière résolue une révolution morale », 50 ans après l’accession de leur pays à l’indépendance. Il les a également appelé à « punir sans complaisance, l’atteinte à la vie et à la dignité humaine, le viol, le tribalisme, le régionalisme, le favoritisme, l’irresponsabilité, le vol, le détournement des deniers publics ainsi que tout autre forme d’anti-valeurs ».
« C’était un discours sur la reconstruction du pays, il a insisté sur le fait que le Congo devait lutter chaque jour pour son indépendance, a noté Béatrice Delvaux, présente au Congo. Il n’a, par contre, quasiment pas fait de référence à la Belgique. » « L’idée c’est surtout de montrer le Congo comme un état indépendant, a-t-elle continué. C’était un discours assez classique, finalement assez convenu. »
Environ 15.000 militaires et policiers congolais, 400 chars et véhicules, vont défiler sur le « boulevard Triomphal », totalement refait à neuf, qui jouxte le stade des Martyrs. Des Casques bleus des Nations unies, dont le patron Ban Ki-moonest arrivé mardi soir à Kinshasa, participent également au défilé militaire, de même que plusieurs entreprises chinoises chargées de la réalisation « des Cinq chantiers », dont celui les infrastructures, lancés par le président Kabila.
Parmi les chefs d’Etat africains présents figuraient le Rwandais Paul Kagame. Robert Mugabe (Zimbabwe), Idriss Deby Itno (Tchad), Paul Biya (Cameroun), Ali Bongo Ondimba (Gabon), sont également présents à cette cérémonie. Initialement annoncé, le président sud-africain Jacob Zuma, n’est pas venu. Des élégantes congolaises vêtues en pagne et de chapeaux colorés, des gradés militaires et policiers en grande tenue, des élus ceints de leur écharpe aux couleurs bleu et jaune de la « RDC », des membres du gouvernement et des diplomates en costumes assistaient également à la cérémonie.
Non loin de la tribune officielle, une immense banderole proclamait « Le réveil du géant, RDC, paradis terrestre», tandis que quatre autres aux effigies des quatre chefs d’Etat qui se sont succédé à la tête de la RDC étaient déployés sur le l’imposant bâtiment du parlement : Joseph Kasa-Vubu (1960-1965), Mobutu Sese-Seko (1965-1997), Laurent-Désiré Kabila (1997-2001) et Joseph Kabila (depuis 2001).
Installés en face de la tribune présidentielle, plusieurs centaines de congolais patientaient également, certains, comme les membres d’églises évangéliques, en chantant et en dansant.
Sur la « radio télévision nationale congolaise (RTNC) », qui retransmet en direct l’événement depuis tôt le matin, une image furtive a montré près d’une centaine de chars à l’arrêt sur deux colonnes, non loin du lieu du défilé. Mercredi, « Amnesty international » a jugé « hypocrite » de la part des autorités de célébrer le cinquantenaire de l’indépendance de la RDC, alors que la situation des droits humains y est « révoltante ».
Depuis plusieurs semaines, la réfection des grandes artères a paralysé le centre de la capitale, notamment autour du Parlement et du stade des Martyrs, où 15.000 militaires et policiers congolais, 400 chars et véhicules, défileront mercredi.
Selon la présidence congolaise, quatre rois, 18 chefs d'Etat et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon ont été invités pour assister au défilé.
L'ex-puissance coloniale est représentée par le roi Albert II et la reine Paola, ainsi que le Premier ministre démissionnaire Yves Leterme, arrivés lundi à Kinshasa où ils resteront jusqu'à jeudi.
Il s'agit de la première visite d'un souverain belge dans l'ex-Congo belge depuis le voyage du roi Baudouin, frère d'Albert II, en 1985.
Les rois du Maroc Mohammed VI, de Jordanie Abdallah et du Swaziland Mswati III ont également été invités.
Le patron de l'ONU, M. Ban, devrait arriver mardi en fin de journée à Kinshasa où il pourra voir 455 Casque bleus et policiers onusiens défiler mercredi avec les troupes congolaise.
L'ONU dispose en RDC de l'une de ses plus importantes missions de maintien de la paix (Monuc), avec près de 20.000 soldats et policiers, présents essentiellement dans l'est du pays, toujours instable en raison de la présence de groupes armés toujours actifs.
Parmi les chefs d'Etat invités figurent les voisins rwandais Paul Kagame, réconcilié depuis 2009 avec son homologue congolais Joseph Kabila, ougandais Yoweri Museveni, centrafricain François Bozize, congolais Denis Sassou Nguesso.
Jacob Zuma (Afrique du sud) Robert Mugabe (Zimbabwe), Idriss Deby Itno (Tchad), Paul Biya (Cameroun), Ali Bongo Ondimba (Gabon).
La France sera représentée par son secrétaire d'Etat à la Coopération, Alain Joyandet.
Le principal parti d'opposition en RDC, le « Mouvement de libération du Congo (MLC) », a lui décidé de ne pas participer aux cérémonies « pour ne pas cautionner l'utilisation des assassinats et autres crimes politiques comme instruments de gouvernance », avait-il indiqué début juin.
Une décision prise peu après le meurtre à Kinshasa du militant congolais des droits de l'Homme Floribert Chebeya, retrouvé mort le 2 juin 2010après un rendez-vous, qui n'a pas eu lieu, à l'inspection général de la police. Des policiers ont été arrêtés dans le cadre de l'enquête.
Mardi, le Premier ministre démissionnaire belge Yves Leterme a signé à l'ambassade de Belgique à Kinshasa le registre de condoléances pour rendre hommage à M. Chebeya, dont les obsèques se sont déroulées le 26 juin 2010, alors que des ONG congolaises souhaitaient initialement qu'elles se déroulent le 30 juin 2010.
Depuis quelques jours, la presse s'interroge de son côté sur le bilan « mi-figue mi-raisin » de 50 ans d'indépendance acquise le 30 juin 1960, alors qu'en 2010, les deux tiers des quelque 60 millions de Congolais vivent avec moins de 1,25 dollars par jour.